Pas d’amour sans histoire : on parle d’ailleurs d’histoires d’amour. Mais il occasionne tant d’histoires parfois que, à chaque tentative de nouer un lien, c’est la souffrance ou la rupture. Inutile d’accuser le mauvais sort : l’impossibilité d’aimer ou de se rendre aimable est toujours le résultat d’impasses ayant marqué le cheminement psycho-affectif d’un individu depuis son enfance. Notre façon d’aimer est le reflet de nos relations avec notre intériorité. C’est pourquoi il est toujours possible de rompre la chaîne du malheur. En prenant conscience des dix obstacles qui sous-tendent notre incapacité à vivre l’amour pleinement.

La nostalgie de l’amour maternel

 » Je veux qu’on m’accepte tel que je suis. Une femme qui critique mon mode de vie ne m’aime pas « , déclare Cédric qui, à 35 ans, n’a jamais connu de relation amoureuse durable. L’accepter tel qu’il est signifie tolérer sans broncher ses chères habitudes. En particulier, ses fins de semaine en célibataire, avec ses copains. Des comportements qui lui valent des reproches et finissent par provoquer la rupture.  » Il est légitime d’espérer être aimé tel qu’on est, à ceci près que certaines attitudes sont insupportables pour l’autre. La seule personne qui puisse nous accepter sans condition, c’est notre mère. Continuer à penser, à l’âge adulte, qu’il existe sur terre un autre être capable d’offrir un amour aussi inconditionnel nous expose à nous sentir perpétuellement mal aimés. Et à estimer que personne n’est digne de notre amour.  »

Les blessures du passé

Catherine ne cesse de répéter le même scénario : séduire des hommes qui ne s’intéressent pas à elle et fuir dès qu’on lui témoigne sa flamme. Nous sommes conditionnés par nos premières amours. La façon dont nos parents nous ont aimés détermine en grande partie nos comportements amoureux. La fille d’une mère mal aimante recherchera souvent des partenaires qui donnent peu : pour elle, c’est une manière de revivre la première expérience amoureuse qu’elle ait connue. De même, l’homme trop aimé par sa mère aura peur des autres femmes. La répétition de la souffrance est un mécanisme psychique très fréquent : dans l’inconscient, ils inscrivent une forme de jouissance masochiste dont il est très difficile de se libérer.

Autre cas de figure, cité par Erich Fromm dans L’Art d’aimer (Desclée de Brouwer, 1983) , un classique de la littérature psychanalytique sur l’amour : la fixation à des parents qui ne s’aimaient pas, mais trop coincés pour extérioriser leurs sentiments hostiles. Une situation qui fait rimer émotion et danger. Leur position défensive bloque toute relation spontanée avec l’enfant qui, en retour, se réfugie dans un monde à lui, attitude qu’il continue d’entretenir plus tard dans ses relations amoureuses.

Le besoin infantile de prise en charge

Tous les partenaires d’Emilie l’abandonnent. La moindre contrariété l’incite à appeler au secours, mais elle n’est jamais là quand l’autre quémande à son tour une once de soutien.  » Aimer, c’est être là quand l’autre est en détresse. Une tâche impossible lorsque, dans son inconscient, on se voit dans la peau d’un enfant à qui tout est dû. On ne peut alors qu’exiger d’être pris en charge en permanence, sans être en mesure de quitter cette place pour jouer le rôle de celui qui protège.  »

La peur de l’engagement

La peur de s’engager peut donner lieu à une authentique phobie, proche de la claustrophobie : être intime avec un autre est synonyme d’enfermement. Les phobiques de l’engagement ont la sensation que se décider pour un partenaire engage leur existence à tout jamais sans possibilité, ensuite, si cela tourne mal, de sortir du lien. Une perspective forcément très angoissante ! on repère trois autre types de peurs qui poussent à fuir l’amour : la  » peur de l’intimité « , qui conduit à la solitude à deux, la  » peur des conflits  » et la  » peur de la souffrance « , qui mènent fatalement à la solitude, puisque aimer ne va jamais sans douleur et sans heurts. les crises, loin d’être destructrices, produisent une catharsis – une libération – dont les deux personnes émergent avec plus de connaissance et de force « .

Les conduites de dépendance

On peut être dépendant de l’alcool, d’une drogue, de la cigarette, mais également de l’amour.  » Le dépendant amoureux est fixé à un stade infantile du développement psycho-affectif : il aime exactement comme le boulimique mange, avec avidité, sans réussir à poser une limite. Très souvent, il s’agit d’un individu qui a mal vécu l’épreuve du sevrage, qui vit dans la nostalgie du corps-à-corps si intense qui lie le nourrisson et sa mère. Ce phénomène conduit à la fusion avec le partenaire qui, rapidement, se sent plus dévoré qu’aimé.  » Il existe un autre type de dépendant amoureux : l’individu qui se shoote à l’amour. Pour lui, le partenaire compte peu. Il est en quête de sensations fortes. Seul le coup de foudre, le choc amoureux le fait vibrer. Dès que la violence des premiers émois s’estompe, il commence à s’ennuyer et s’en va. En fait, c’est un dépressif qui s’ignore.

La manie du doute

 » Au début, je suis enthousiaste, explique Patrick. Mais, au fur et à mesure que l’histoire devient sérieuse, le doute s’installe : “Est-ce que je l’aime ?” Simultanément, des habitudes de ma partenaire me deviennent insupportables. Je me mets à être odieux, pour l’inciter à me quitter.  » Les individus atteints de ce symptôme cultivent ainsi l’indécision. Dans leur inconscient, ils aiment douter. Leur vrai partenaire, c’est leur doute.

L’angoisse du lâcher-prise

Aimer, c’est donner et accepter. Le domaine de l’amour est celui du lâcher-prise, et non celui de la maîtrise. Pour s’en faire exclure, rien de mieux que la savante comptabilité qu’affectionnent certains :  » Je veux bien aimer, mais à condition que mon partenaire m’aime plus – sinon autant – que je l’aime.  » Vouloir être aimé en proportion de ce que l’on donne est un souhait utopique. Pour illustrer l’amour, Lacan utilisait l’image d’une main qui se tend vers une autre qui recule, et s’avance dès que la première a reculé. Une image peu compatible avec nos aspirations à la simultanéité. On est rarement deux à aimer en même temps avec la même intensité… Il n’est point d’amour sans un peu de souffrance, et il faut l’accepter pour oser s’investir.

La quête de la Princesse charmante

Attendant le Prince charmant, la Belle au bois dormant s’étiolait. Ses Princes successifs s’étaient révélés des rustres. Recherchant la femme parfaite, le triste sire errait, l’âme en peine… On aurait pu croire que, avec l’avènement de la liberté sexuelle, la pilule, et donc, la possibilité de rencontrer facilement des partenaires, les humains de la fin du xxe siècle allaient se désintéresser des contes de fées…  » Tout le monde a besoin de rêver. Mais, certains individus complexés éprouvent le besoin d’avoir un partenaire qu’ils pourraient idéaliser. Etre l’élu d’un Autre merveilleux magnifierait leur moi, réparerait leur narcissisme défaillant. Cependant, un partenaire sans faille n’existe pas. C’est justement parce qu’on ressent un manque, une faille en soi, qu’on est amené à aimer. Un être comblé en tout ne saurait être amoureux.  »

La fuite devant la réalité

L’amoureux vit sur un petit nuage. Au point que certains  » tombent amoureux dès qu’ils sont confrontés à des difficultés matérielles ou professionnelles. Pour eux, c’est une façon de dissimuler leur anxiété. Mais ils l’ignorent, car ils refusent de prendre conscience de leur malaise. Il serait pourtant nécessaire qu’ils se confrontent à leur peur de l’avenir, à leur détresse, pour la surmonter et connaître enfin une vraie histoire d’amour « .

Le mythe de la rencontre

Je l’ai vu, il m’a vue, nous avons su que nous étions faits l’un pour l’autre… La révélation soudaine de l’amour se produit plus au cinéma que dans la vie. L’attente passive et solitaire de cette rencontre est même la meilleure solution pour passer à côté de l’amour ! Mais penser qu’elle appartient au domaine du probable, c’est aussi s’offrir le luxe de n’avoir pas à se remettre en cause et de continuer à imaginer que le destin décide seul de nos amours. Toutefois, avec le développement des thérapies, on a vu surgir un autre mythe, celui de la rencontre amoureuse qui aura lieu quand on aura suffisamment travaillé sur soi, qu’on sera prêt. Or, il ne suffit pas de s’être débarrassé de ses symptômes névrotiques pour rencontrer instantanément une personne avec qui ça va marcher. La rencontre reste, pour une petite part, affaire de hasard. »

« L’amour n’est possible que si deux personnes communiquent entre elles à partir du centre de leur existence « , écrit Erich Fromm. C’est dire aussi qu’une histoire d’amour est un dialogue entre deux inconscients. Et que, pour que ce dialogue ait lieu, chacun des partenaires doit être en mesure d’entendre sa propre petite voix intérieure. Une petite voix que souvent, hélas ! le poids du passé, les conflits internes et les croyances illusoires étouffent. Et s’il fallait d’abord se connaître réellement soi-même, affronter ses démons intérieurs, pour rencontrer l’autre ? C’est en tout cas l’hypothèse de Freud, qui assurait que, au terme d’une analyse, la personne la plus enfermée en elle-même ayant retrouvé le fil de son vrai désir devenait capable d’aimer.

Quête : le choix du partenaire

Pourquoi rencontrer le  » bon  » partenaire est-il si compliqué ? Tout simplement parce que nous ignorons ce que nous voulons vraiment ! Car nos désirs inconscients s’opposent, le plus souvent, à nos désirs conscients. Ainsi je peux être consciemment en quête d’un partenaire tendre et attentif, tandis que mes souhaits inconscients me poussent vers des êtres méprisants ou brutaux. Explication possible : un sentiment de culpabilité enfoui m’incite à m’engouffrer dans des situations amoureuses synonymes de châtiment permanent. S’installer en couple, c’est réunir deux inconscients. On est donc deux à méconnaître ses attentes et ses possibilités de don réelles.

En fait, explique Patrick Traub, dans Le Choix amoureux, le sentiment amoureux ne peut se développer entre deux êtres que s’il existe une complémentarité de besoins. On est en quête du même que soi, ou de celui qui va nous apporter ce qui nous manque. Qu’il s’agisse de tendresse ou de sadisme… Mais ce programme peut être bouleversé par un travail sur soi, dans lequel on s’engage à repenser sa vie et à explorer la face cachée de son psychisme. On devient ainsi réceptif à des personnes qu’auparavant on n’aurait même pas remarquées.

Projection : Notre pire ennemi, c’est nous !

Il faut se méfier du piège redoutable qui consiste à projeter sur autrui nos propres défauts. Exemple : si je suis autoritaire ou cupide, j’en accuse mon partenaire et, suivant mon caractère, je me mettrai en tête de le guérir ou de le punir. Quand les deux partenaires manifestent cette tendance, comme c’est fréquemment le cas, c’est la guerre à coup sûr !

Théorie : L’attachement au père

D’un homme incapable d’aimer, on se dit souvent :  » Ce garçon aime trop sa maman.  » Et s’il aimait trop son papa ? Drôle d’idée. Pourtant, l’attachement trop intense du fils à son père est, selon Erich Fromm, l’une des principales causes d’inaptitude à l’amour. Exemple type : maman est froide et distante. Son époux et son fils, pour trouver l’affection dont ils ont besoin, se rapprochent l’un de l’autre. Or, si papa est un bon père, il représente en même temps l’autorité. Il en résulte un garçon  » servilement attaché  » à lui et obsédé par la pensée de gagner son estime.  » Des hommes de ce genre s’engagent souvent avec succès dans des carrières sociales. Ils sont sérieux, dignes de confiance, ardents. Mais, dans leurs relations aux femmes, ils restent distants et réservés « , car aucune d’elles ne saurait remplacer papa.

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